HISTOIRE DE LA LANGUE FRANÇAISE
 
 
 
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Ensemble 1.

Questionnaire

Texte 1. Entretien avec Claude Hagège.

Fiche de travail dirigé.

1. Établir une fiche sur Claude Hagège.

2. Consulter ses ouvrages en bibliothèque: reprendre l’index de ses oeuvres.

3. Quelle est la thèse centrale qu’il défend dans cet ouvrage?

4. Quels sont les jalons/étapes/manifestations de cette intervention politique?

5. Cette intervention politique en faveur de l’unité linguistique a été étayée par le rôle de certains hommes de lettres. Qui sont les principaux représentants de ce courant?

6. Quelle est la position de Cl. Hagège sur les emprunts? Est-ce qu’il est d’accord avec la loi Toubon? Est-ce que cette loi est efficace?

7. Qu’est-ce la Francophonie?

(Compléter avec l’ensemble 2)

8. Définir ce que c’est le multilinguisme et ce que cela signifie.

9. Le combat pour le français sur le plan international, est-ce qu’il sert la cause du multilinguisme ou bien est-ce une entreprise hégémonique néo-coloniale? Quels aspects permettent de soutenir l’une et l’autre option?

Première option:

Seconde option:

10. L’enseignement précoce d’une deuxième langue européenne aux enfants, est-ce vu comme une mesure qui permet d’avancer vers ce multilinguisme?

RÉPONSES
 

Texte 1. Entretien avec Claude Hagège.

Fiche de travail dirigé.

1. Établir une fiche sur Claude Hagège.

2. Consulter ses ouvrages en bibliothèque: reprendre l’index de ses oeuvres.

3. Quelle est la thèse centrale qu’il défend dans cet ouvrage?

"Rôle décisif du pouvoir politique pour imposer le français comme langue nationale, puis comme langue internationale. Si ce rôle est important dans toutes les langues, la caractéristique de la France c’est la précocité de cette intervention. La langue est ainsi une affaire politique depuis très longtemps en France; donc politisation des questions linguistiques ressentie comme une question propre à la tradition française"

4. Quels sont les jalons/étapes/manifestations de cette intervention politique?

(Compléter avec le texte de R. Éluerd, ensemble 2).

-Serments de Strasbourg (842): acte de naissance de la langue française; la langue est ainsi liée à un événement historique: la fin de l’unité de l’empire de Charlemagne;

-Ordonnance de Villers-Cotterêts (1539), par François Ier: les actes juridiques du royaume se feront «en langage maternel français et non autrement»;

-Création de l’Académie française (1634), par Richelieu: constitution d’une institution qui a le pouvoir de réglementer la langue française;

-Révolution de 1789

-Langue de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen;

-Action de la République au XIXe siècle

-Loi Toubon

5. Cette intervention politique en faveur de l’unité linguistique a été étayée par le rôle de certains hommes de lettres. Qui sont les principaux représentants de ce courant?

-La Pléiade

-Malherbe: rationalisation du français

-Les membres de l’Académie française

-Langue de la diplomatie (Traité d’Utrecht), au dépens du latin, jusqu’au Traité de Versailles (1919).

-Les Encyclopédistes: la langue française devient la langue du savoir, des Idées, de l’émancipation de l’esprit face à l’ignorance et les préjugés. Universalité de la langue française: Rivarol proclame que lefrançais a le droit de devenir la langue universelle, par ses qualités suivantes: son ordre naturel, sa rigueur et sa clarté.

...

6. Quelle est la position de Cl. Hagège sur les emprunts? Est-ce qu’il est d’accord avec la loi Toubon? Est-ce que cette loi est efficace?

-s’il s’agit de termes de vocabulaire, qui répondent à de nouveaux objets, venus d’autres pays, c’est quelque chose de naturel, qu’il faut accepter puisque de toujours, le français s’est enrichi de mots étrangers. Il s’agit là d’emprunts «inoffensifs», puisque la syntaxe et la phonétique (noyau dur de la langue) ne sont pas touchés;

-cependant, il existe un danger dans l’emploi préférentiel d’une langue x par rapport à une langue y comme mode d’expression privilégié dans un contexte donné (c’est le cas de la recherche scientifique). C’est ici qu’intervient la loi Toubon: elle veut privilégier l’utilisation de termes français quand ils existent (et en trouver quand il n’existent pas) pour toute communication à vocation publique (enseignement, services publics, travail, publicité, échanges...).

La loi Toubon va donc au-delà de ce que Cl. Hagège considère comme dangereux pour la langue française (pour toute langue), mais Cl. Hagège est d’accord.

La loi Toubon est plus efficace que celle de Bas-Lauriol (1975), car elle a provoqué des débats sociaux, des procès-verbaux, elle prévoit des sanctions financières... Cl. Hagège interprète cela de façon positive: la loi Toubon commence à entrer dans les moeurs.

7. Qu’est-ce la Francophonie?

C’est un terme créé en 1870 par un géographe (O. Reclus), et qui est repris par l’ancien président du Sénégal, le poète Léopold Sédar Senghor. La "francophonie" désigne l’ensemble de pays qui possèdent le français comme langue première ou bien comme langue officielle (parmi d’autres peut-être, comme c’est le cas du Québec, état canadien). Il s’agit de la France, de la Suisse (un canton), la Belgique, le Luxembourg, pour l’Europe; de pays du Caribe (Haïti), du Québec, pour l’Amérique; et pour l’Afrique des pays du Maghreb, et de l’Afrique subsaharienne (Côte d’ivoire, Mali, Togo, Cameroun, Congo...). Les chefs d’état de de pays se réunissent (les "sommets de la Francophonie"), tous les deux ans (1996, 1998, 2000) dans le but de créer, au-delà de l’union linguistique, une communauité politique, culturelle, économique. Comme le dit L. Sédar Senghor: "La Francophonie est, et doit demeurer, la commune solidarité qui lie, par l’usage de la langue française, des millions et des millions de personnes, réparties sur tous les continents" (In R. Éluerd 1992:328).

Ces sommets jouent ainsi un rôle important, du point de vue linguistique: la défense du français et de la culture française comme langue internationale. Du point de vue politique/économique, l’union est nettement moins forte que la Commonwealth; du point de vue linguistique, il n’existe pas une réunion des Académies de la Langue des différents pays (comme c’est le cas, pour l’espagnol): le chemin à parcourir devant eux est donc bien important!

8. Définir ce que c’est le multilinguisme et ce que cela signifie.

Multilinguisme: existence de plusieurs langues dans une zone géographique: L’Europe est un continent multilingue; connaissance/apprentissage de plusieurs langues par les citoyens des différents pays.

Le "multilinguisme" s’inscrit comme un des choix du Conseil de l’Europe. Face à plurilinguisme (terme qui se limite à constate l’existence de plusiers langues, qui peuvent coexister sans se toucher), le multilinguisme veut nouer des liens entre les langues, entre les communautés linguistiques dans le but d’une éducation multiculturelle: les actions en faveur des migrants (enseignement, maintien de leur langue), de la diversité des langues (soutien aux langues minoritaires), des prononcements pour le choix multiple des langues à l’école, etc., s’inscrivent dans ce but. L’idéal européen est la construction d’un espace où les citoyens connaissent plusieurs langues; où ils ne s’enferment pas chacun dans sa petite communauté, mais où ils partagenet des expériences/pratiques culturelles/visions différentes (métissage culturel), dans le respect de valeurs communes et universelles (droits de l’homme; démocratie, etc.)

Signification:

-relativité de la perception du monde (accès à/possession de diverses cultures)

-ouverture aux autres, tolérance, respect;

-meilleure compréhension de la propre langue et de la propre culture (distancement critique et objectivation des propres pratiques; liberté; autonomie)

-existence d’autres choix (au plan linguistique et culturel) que l’anglo-américain; maintien de la diversité dans la globalité

9. Le combat pour le français sur le plan international, est-ce qu’il sert la cause du multilinguisme ou bien est-ce une entreprise hégémonique néo-coloniale (destinée à renforcer le colonialisme français et de favoriser la domination de la culture française)? Quels aspects permettent de soutenir l’une et l’autre option?

Première option: Le combat pour le français sert la cause du multilinguisme.

-la défense, rassemblement, solidarité, union de tous les pays et les peuples qui participent à la langue et à la culture française peut constituer un pôle qui sert de contrepoids à l’hégémonie de la culture anglo-saxone; combat pour le multilinguisme, donc;

-la défense de cette identité linguistico-culturelle (avec ses valeurs: rationalisme, arts, idées, système politique, etc.) permet de même de faire sortir des pratiques magiques et irrationnelles de certaines cultures;

- le français représente un ensemble de valeurs de civilisation fondamental dans notre monde (démocratie, droits de l’homme, littérature, philosophie...). C’est le prestige des hommes de lettres qui conforte aujourd’hui le statut du français comme langue internationale (langue de travail de l’ONU, de l’UNESCO, et des roganisations qui y sont rattachées (Organisation du travail...), des Jeux Olympiques, de la CE

Seconde option: Le risque existe, certainement, car:

-domination culturelle: danger de perte de l’identité culturelle autochtone de la part des peuples "colonisés"; fusion avec la culture locale possible, à travers le progrès économique et social;

-les élites des pays colonisés ont accès à l’éducation, à la langue et à la culture française, et maintiennent leur position de privilège grâce à ce savoir; les élites deviennent le relais du pays colon.

-le flux des échanges économiques est inégal et n’aide pas assez au développement local, par la rapacité des entreprises multinationales.

Pour éviter cela, il faut établir des rapports entre les pays égaux; il faut développer une prospérité économique (qui donne des moyens de vivre aux habitants de ces pays sous-développés); il faut appuyer la démocratie: ce sont des atouts essentiels pour ouvrir les portes de l’espérance aux peuples. Mais, est-ce un voeu pieu?

10. L’enseignement précoce d’une deuxième langue européenne aux enfants, est-ce vu comme une mesure qui permet de marcher vers ce multilinguisme?

Bien sûr. Claude Hagège propose l’enseignement, dès l’école maternnelle ou l’école primaire, l’enseignement d’une langue européenne différente de l’anglais (car si on apprend d’abord l’anglais, cela dissuade d’apprendre une troisième langue). De cette façon, tous les citoyens européens parleraient au moins trois langues (maternelle, anglais, troisième langue européenne). Cette idée requiet la concertation des ministères de l’Éducation nationale pour pouvoir procéder à des échanges massifs de maîtres.

Ce n’est pas seulement une question linguistique, mais une question politique, associée à la construction de l’Europe: on ne pourra pas avancer dans cette direction que si les citoyens européens sont solidaires entre eux; pour cela, ils doivent avoir le sentiment d’appartenir à une même culture. La connaissance des langues (et donc des cultures) ne peut que rapprocher les peuples européens. C’est pour cela qu’il défend l’exception culturelle, la protection des productions culturelles (littérature, cinéma, chansons, etc.) de l’Europe.
 
 

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Ensemble 2.
 Annexe  (définitions)
 

Questionnaire
 

Ensemble 2.

Texte: Roland Éluerd, chapitre 15.

Fiche de travail dirigé.

1. Répondre au questionnaire adjoint (au crayon, sans consultation de matériel quelconque).

2. Chercher dans quelques dictionnaires/encyclopédies/ouvrages les définitions proposées pour:

-langage

-langue

Faites ressortir les coïncidences avec les définitions proposées par R. Éluerd. Cherchez ou écrivez deux-trois phrases qui correspondent à chacun des sens proposés.

3. Chercher dans quelques dictionnaires /encyclopédies/ouvrages les définitions proposées pour:

-dialecte

-patois

-jargon

-argot

-sabir

-créole

-interlangue

Comparer les définitions; établir des définitions complètes et des exemples d’utilisation de ces termes

4. Revenir au questionnaire: compléter ou réviser les réponses; justifier les réponses finalment retenues.
 


QUESTIONNAIRE

Dites si les phrases ci-dessous sont correctes, fausses, ou partiellement correctes et fausses, et expliquez votre choix au moyen d’une ou deux phrases.
 


Vrai

Faux

Ni oui, ni non

1. Le français, c’est du gaulois




2. Le français, c’est du latin




3. Le patois, c’est du français déformé




4. Un patois, c’est un dialecte à faible extension géographique




5. Le français est un patois qui a réussi.




6. Le français le plus pur se parle en Touraine




7. L’andalou est à l’espagnol, ce que le français du midi est au français




8. Parler le français avec l’accent du midi, c’est parler un mauvais français




9. Le français populaire est un jargon




10. L’argot est une espèce particulière de jargon




11. Le sabir et le créole sont la même chose




12. L’interlangue est une langue mixte, composée à partir de deux langues différentes




13. La diglossie et le bilinguisme, c’est la même chose (le premier terme est plus technique)




14. L’idiolecte, c’est le langage intérieur, non verbalisé










RÉPONSES.

1. Faux.

La Gaule adopte la langue des conquérants romains (dans le cas de l’Espagne, l’ibérique autochtone est remplacé par le celte, langue indoeuropéenne). Le français actuel est la forme prise par le latin parlé dans le Nord de la France (région parisienne) au cours de son processus d’évolutio historique.

2. Vrai.

Le parler qui est à la source des langues romanes c’est le latin vulgaire/populaire/familier, celui que parlaient les Romains dans leur vie quotidienne. Le français est le résultat de la lente évolution du latin vulgaire/populaire/familier.

3. Faux.

Pour qu’il existe déformation, il doit exister un modèle de référence: ceux qui parlent patois n’ont pas cette conscience, ils ont toujours parlé comme ils ont appris à parler. Ce sont les "autres" (qui parlent différemment) qui établissent la notion de déformation (par rapport à leur parler).

4. Vrai.

Les termes suivants désignent-ils une langue, un dialecte ou un parler spécifique: breton, berbère, basque, catalan, andalou, valenciano, castillan, espagnol, langue d’oc, alsacien, picard, bable, français méridional?

Le castillan était un dialecte (parmi d’autres: aragonés, bable, catalan, valenciano, mallorquín) au XIVe siècle: puis il acquiert le statut de langue, et on l’appelle l’espagnol (de même que le catalan). De ce point de vue, il est absurde d’un point de vue linguistique d’utiliser le terme "castillan" pour désigner la langue espagnole: l’emploi de ce terme ne désigne que le parler spécifique de la Castille, par rapport aux autres parlers (de Murcia, ou du Mexique), c’est-à-dire, qui contiennent, chacun d’eux, des variantes spécifiques, mais non pas l’ensemble (ou la communauté, si l’on veut) de ces parlers, notion qui est exprimée par l’"espagnol". Bien sûr, des intérêts politiques bouleversent cette considération linguistique!

Du point de vue linguistique, un dialecte, un patois sont des langues à part entière. Le latin parlé en Gaule n’a pas abouti à une forme unique, mais s’est diversifié au cours des siècles en parlers différents; il s’est fragmenté en variétés régionales, les dialectes: il s’est dialectisé.

Le Littré (1872-1976):

DIALECTE, PATOIS. Tant que, dans un pays, il ne se forme pas de centre et, autour de ce centre, une langue commune qui soit la seule écrite et littéraire, les parlers différents, suivant les différentes contrées de ce pays, se nomment dialectes ; on voit par là qu'il est tout à fait erroné de dire les dialectes dérivés de la langue générale ; le fait est que la langue générale, qui n'est qu'un des dialectes arrivé par une circonstance quelconque et avec toute sorte de mélanges à la préséance, est à ce titre postérieure aux dialectes. Aussi quand cette langue générale se forme, les dialectes déchoient et ils deviennent des patois, c'est-à-dire des parlers locaux dans lesquels les choses littéraires importantes ne sont plus traitées. Avant le XIVe siècle il n'y avait point en France de parler prédominant ; il y avait des dialectes ; et aucun de ces dialectes ne se subordonnait à l'autre. Après le XIVe siècle, il se forma une langue littéraire et écrite, et les dialectes devinrent des patois.

Comme conséquence, les dialectes continuent de se diversifier encore plus à leur intérieur, de telle façon que le parler d’un village ne s’est plus confondu avec celui du village voisin; les linguistes parlent plus précisément de patois pour ces parlers résiduels et circonscrits à des zones géographiques. Chaque dialecte est lui-même constitué par une multitude de parlers locaux, assez différents (patois), mais qui n’empêchent pas généralement la compréhension (parfois, oui: mais ça varie selon les usagers, et les formes de parler de chacun).

Patois:

a) R. Éluerd: «on appelle patois un parler employé sur une aire géographique très limitée et né d’une adaptation d’un dialecte ou d’une langue. Cette adaptation entraîne des changements phonétiques» (1992: 321).

b) Ducrot, Schaeffer (1995: 116): «dialecte ou (avec une nuance quelquefois péjorative) patois»

c) PR-CD-Rom: «Parler local, dialecte employé par une population généralement peu nombreuse, souvent rurale, et dont la culture, le niveau de civilisation sont jugés comme inférieurs à ceux du milieu environnant (qui emploie la langue commune)».

Marouzeau (Lexique de la terminologie linguistique): "des parlers locaux employés par une population de civilisation inférieure à celle que représente la langue commune environnante; d’où l’acception légèrement péjorative que prend le mot dans l’usage courant"

d) par ext.: «Langue spéciale (considérée comme incorrecte ou incompréhensible)». Voir jargon (sens courant).

D’un point de vue linguistique, il n’y a là aucune hiérarchie, ni aucun jugement péjoratif. Un dialecte est ainsi un parler régional (l’alsacien par rapport à l’allemand, le picard par rapport au français actuel, les formes de l’arabe en Afrique du Nord, le «bable» par rapport à l’espagnol) à l’intérieur d’une nation où domine officiellement (donc, au regard de l’administration, de l’école...) un autre parler (appartenant à la même famille linguistique: autrement il n’y a pas lieu de parler de dialecte: ainsi, le breton, ou le basque, qui sont des langues). Le dialecte existe par rapport à une langue; la langue peut exister en elle-même. Ou bien, un dialecte, c’est une langue qui n’a pas réussi (pour des raisons politiques ou historiques) à étendre son influence au delà de son domaine proprement linguistique, mais, au contraire, dont la zone d’influence a été «colonisée» linguistiquement (dans certains des usages) par une autre langue.

DIALECTE:

a) Forme régionale d’une langue considéré comme un système linguistique en soi (PR, CD-Rom): le wallon dialecte français de Belgique (définition incomplète).

b) G. Mounin (1982): "variante d’une langue qui possède un système lexique, syntaxique et phonétique propre, et qui est parlée par une communauté linguistique plus réduite que la communauté de la langue dont elle est le dialecte" (déf. incomplète)

c) R. Éluerd (1992: 321): "La forme prise par une langue dans un groupe linguistique donné. Les dialectes ne sont pas des déformations de la langue mais ses différents modes de fonctionnement" (déf. historique; incomplète);

P. Guiraud (1978: 1): "Une forme particulière prise par une langue dans un domaine donné. Il se définit par un ensemble de particularités telles que leur groupement donne l’impression d’un parle distinct des parlers voisins, en dépit de la parenté qui les unit" (déf. historique; incomplète)

d) Littré: "Parler d’une contrée, d’un pays étendu, ne différant des parlers voisins que par changements peu considérables qui n’empêchent pas que de dialecte à dialecte on ne se comprenne, et comportant une complète culture littéraire" (valable pour la Grèce antique, ou le Moyen Age français)

e) (PR-CDRom): "Système linguistique qui n’a pas le statut de langue officielle ou nationale, à l’intérieur d’un groupe de parlers"

f) Ducrot, Schaeffer (1995: 116-117):

"On entend par là un parler régional (l’alsacien, le picard, les formes arables parlées en Afrique du Nord...) À l’intérieur d’uen nation où domine officiellement (c’est-à-dire, au regard de l’administration, de l’école, etc.) un autre parler. D’où le caractère très politique de la notion. Revendiquer pour un dialecte un usage officiel, c’est en même temps lui retirer son statut de dialecte"

NB a) Chaque dialecte est lui-même constitué par une multitude de parlers locaux, assez différents, souvent, pour que les usagers de l’un aient des difficultés à comprendre ceux d’un autre. Cette large variabilité tient, notamment, à ce que la coexistence avec la langue nationale, toujours utilisable en cas de besoin, rend la standardisation moins nécessaire.

b) Quand on qualifie un parler de dialecte, on le perçoit en même temps comme apparenté à une "langue officielle": c’est un dialecte de telle ou telle langue [alsacien-allemand; picard-français] L’opposition langue-dialecte n’a [donc] aucune signification objective [dans le cas des langues telles que le basque, le berbère, le breton...].

c) La parenté existant entre les patois et une "langue officielle" ne signifie en rien que les premiers soient dérivés de la seconde, qu’il y ait d’elle à eux une filiation. Le plus souvent, la langue officielle est simplement un parler régional qui a été étendu autoritairement à l’ensemble d’une nation (ainsi l’allemand moderne est un parler germanique particulier qui a été imposé à toute l’Allemagne - extension facilitée notamment par le fait que Luther l’a utilisé pour traduire la Bible»

Ainsi, la notion de dialecte est très politique. L’établissement du couple langue-dialecte n’est pas fait d’un point de vue interne, linguistique (il faut cependant qu’il existe une série de particularités lexiques, syntaxiques et phonétiques propres), mais externe, géographique et politique: c’est son importance quantitative (en nombre de personnes, en extension géographique) et son statut (langue officielle de l’administration, école, moyens de communications) qui en font une langue. La notion péjorative du terme dialecte vient de l’association de dialecte avec inculture, paysannerie ("paleto"), écart d’une norme de prononciation: donc, d’une notion de centralisation, d’uniformité obligée, de standardisation.

On préfère de nos jours utiliser le mot "un parler" (el habla): ainsi, le parler andalou se caractérise par une série de traits (différents les uns les autres selon les zones géographiques) d’ordre phonétiques (voyelles ouvertes, aspirations, élimination de sonores intervocaliques...), morphosyntaxique (signification du pluriel à l’aide d’une différence d’ouverture, au lieu de l’ajout d’une consonne -s) et lexique. Ce parler andalou, restreint au registre familier/populaire jusqu’à présent, est en train de s’étendre au registre à l’usage de la communication courante dans plusieurs de ses traits (avec l’institution d’une norme acceptable socialement), et même dans la communication publique ou "culte" (interventions politiques, moyens de communication).

Les efforts actuels de revendication de la différence, de la personnalisation, de l’assomption de la diversité culturelle, du refus de l’imitation ont fait basculer les données antérieures: on connaît ainsi les mouvements de revendication du parler régional comme forme langagière autonome (ce qui du point de vue linguistique est correct) et digne (ce qui est politiquement rentable: auto-affirmation, refus des complexes, retour aux sources, mais qui est à la fois une forme de populisme. Si ces efforts sont accompagnés d’instruments politiques (pouvoir régional ou local), ce sont des initiatives qui contribuent à rompre cette différentiation dialecte-langue, de façon subjective à ceux qui parlent ce parler régional: la communauté linguistique extérieure, globale, ne continuera à voir dans ce parler qu’une variété de la langue la plus forte (en extension et en statut politique). De là, les divergences entre les consciences linguistiques des usagers. La rapport linguistique du dialecte/parler à la langue est ainsi un rapport subjectif, propre à chaque individu, à chaque époque historique, chaque région géographique: quelqu’un d’extérieur à une communauté peut avoir una rapport cpt. différent de celui qu’un habitant local peut entretenir.

5. Vrai.

La parenté existant entre les patois, les dialectes et une langue officielle ne signifie pas du tout que les premiers soient dérivés de la seconde, qu’il y ait d’elle à eux une filiation. Le plus souvent, la langue officielle est simplement un parler régional (ou local) qui a été étendu ou imposé (autoritairement) à l’ensemble d’une nation (ainsi, l’allemand moderne est un parler germanique particulier qui a été imposé à toute l’Allemagne, extension facilitée notamment à partir de l’existence de la traduction de la Bible par Luther), ou bien par des moyens moins coercitifs, mais par un ensemble de moyens de nature institutionnelle, administrative, politique, économique et sociale (rôle du pouvoir central monarchique, importance prise par la capitale; moyens aussi coercitifs, mais dont la violence est moins manifeste: c’est le cas du français).

Le patois n’est nullement un français déformé, mais une forme particulière qu’a pris le latin au cours de son évolution: c’est le patois parlé en Ile-de-France qui s’est peu à peu étendu à d’autres régions et qui s’est imposée comme la langue du royaume de France.

Dialecte, patois:source de variantes diatopiques (utilisation de cabanon au nord de la France; mots étrangers; en espagnol: encamado - ....; apearse-bajarse del autobús; untar-mojar).

6. Faux.

Les ouvrages de prononciation française sont unanimes pour désigner comme "modèle du bon français" non pas l’usage des habitants du Val de Loire, mais celui des Parisiens cultivés. L’origine du prestige accordé au français de Touraine semble se trouver dans les textes écrits par des étrangers, notamment chez le grammairien Palsgrave (XVIè s.) qui a écrit la première grammaire française à l’usage des Anglais. Puis, ce sont les guides de voyage allemands, hollandais et anglais qui ont continué de conseiller aux voyageurs de se rendre dans le Val de Loire. Dans l’actualité, c’est la TV (et autres moyens de communication) qui joue ce rôle.

7. Vrai. Il s’agit de "parlers" régionaux.

8. Faux. Les notions de "bon" et de "mauvais" ne sont pas applicables qu’à l’intérieur d’un modèle linguistique normé à partir d’un noyau/centre pris comme modèle: tout écart (même phonétique, comme dans le cas du français méridional, concernant les nasales ou le maintien du e muet et une certaie intonation générale plus chantante) constitue alors une déviation, donc une faute. Dans l’actualité, la notion de norme est plus souple, et l’on considère que les variantes diatopiques (géographiques), diastratiques (socioprofesionnelles) et diaphasiques (changements de registres: ainsi le registre familier) sont naturelles: la norme dépend dans ce cas du contexte d’utilisation. Les notions de "bon" ou de "mauvais" sont réservées aux questions grammaticales (bien sûr: un français correct) et stylistiques (un texte en bon français est un texte riche et bien construit); par ailleurs, on parle de langue (ou discours) plus ou moins adapté au contexte/situation.

Registres: "niveaux stylistiques mis qui sont à la disposition des locuteurs afin de leur permettre de moduler leur message selon les circonstances" (Ducrot, Schaeffer, 1995: 543):

9. Faux.

10. Vrai.

Jargon:

a) "Langage corrompu, déformé, fait d’éléments disparates"; " langage incompréhensible" (R. Éluerd 1992: 322). Voir: baragouin, charabia, petit nègre (termes péjoratifs)...

b) "Langage particulier à un groupe caractérisé par sa complication, l’affectation de certains mots, de certaines tournures". Ainsi, le jargon des Précieuses Ridicules, de certains linguistes...

c) "Langue artificielle employée par les membres d’un groupe désireux de ne pas être compris des non-initiés ou au moins de se distinguer du commun" (Marouzeau)

d) Ducrot, Schaeffer (1995: 117): Un jargon comprend «les modifications qu’un groupe socio-professionnel apporte à la langue nationale (surtout au lexique et à la prononciation). À la différence du dialecte, c’est donc un écart volontaire, à partir du parler d’une collectivité plus large. Dans cet écart, il n’est pas toujours possible de distinguer ce qui tient à la nature particulière des choses dites [instruments et objets particuliers, façon de voir les choses], à une volonté de ne pas être compris, au désir du groupe de marquer son originalité. Il y a ainsi un jargon des linguistiques [ou métalangage], des notaires, des alpinistes...

e)Par ext. (sens courant): «langage incompréhensible» (R. Éluerd)

Le français populaire ou familier est par contre un écart non plus propre à un groupe socio-professionnel, mais qui est dû aux conditions d’usage de la langue officielle, et concernant l’ensemble de la population: c’est en situation d’usage familière, privée, entre amis, que les locuteurs (en principe, tous) ont recours à un choix de termes de lexique (boulot,dodo), à des constructions syntaxiques (t'as pas faim?) ou à des prononciations particulières (ouais). C’est donc une question de registre, et non pas une question socioprofessionnelle.

Argot:

a) "langage particulier à une profession, à un groupe de personnes, à un milieu fermé" (=jargon); Esnault. "Ensemble oral des mots non techniques qui plaisent à un groupe social": argot sportif, militaire, parisien, des écoles

b) Courant: "langue des malfaiteurs, du milieu", "langue verte";

c) PR-CDRom: " langue familière contenant des mots argotiques passés dans la langue commune"

d) Ducrot, Schaeffer (1995: 117): L’argot peut être considéré comme un cas particulier de jargon: c’est un jargon qui se présente lui-même comme signe d’une situation sociale -non seulement particulière- mais marginale [...] NB: Du sens donné ici au mot "argot" on passe insensiblement à l’emploi souvent fait du terme pour désigner le parler d’une classe ayant un statut social inférieur (sans que ceux qui le parlent aient le sentiment de le choisir pour un effet particulier)».

e) Par ext.: langue marginale, vulgaire, basse.

La France a une longue histoire dans des parlers particularisants, orientés vers la recherche d’une distinction ou d’un écart: le parler des Précieuses ridicules, le verlan actuel, mais aussi le français de la cour au XVIIè s. (le bon usage) était à l’origine un parler voulu différent.

jargon, argot (sens a): source de variantes diaphasiques (emploi de termes scientifiques ou poétiques dans des contextes différents)

français populaire (ou familier), argot (sens c): source de variantes diastratiques (mélange de registres de langue différents: Mr. le Président, passez-moi la flotte).

11. Faux.

Le sabir et le créole sont des langues mixtes: ils surgissent au contact de relations régulières entre les communautés parlant des langues différentes. «Lorsque la langue résultante ne devient pas elle-même ñangue maternelle d’une collectivité mais reste limitée à la communication avec des étrangers, on l’appelle souvent sabir» (Ducrot, Schaeffer 1995: 118).

R. Éluerd (1992: 322): «On appelle sabir un parler qui mêle deux ou plusieurs langues. Le mot sabir a d’abord désigné la lingua franca, c’est-à-dire un mélangue de langues romanes, principalement à base de français, d’italien, de castillan et de catalan, parlé tout autour du bassin méditerranéen» [mais aussi de l’arabe!]

«On appelle créole un sabir qui est devenu une langue maternelle à part entière. Il existe des créole nés de l’anglais, de l’espagnol, du portugais, du néerlandais. Dans le domaine de la langue française, les principaux créoles sont ceux d’Haïti, de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Réunion»

Le sabir est donc une langue, ou plutôt un jargon, mixte, faite d’un mélange d’arabe, de français, d’espagnol, d’italien parlé en Afrique du Nord et dans le Proche Orient, résultat de relations régulières entre des communautés parlant des langues différentes. C’est donc une langue de communication, non maternelle, «à objet limité (relations épisodiques avec les étrangers (comme la lingua franca utilisée par les marins et les commerçants jusqu’au XIXe siècle sur le pourtour du bassin méditerranéen); [elle] n’a pas de structure grammaticale bien définie [verbes en infinitif] et permet surtout des juxtapositions de mots»(Ducrot, Schaeffer 1995: 118).

Le créole est, pour les personnes qui le parlent, une langue maternelle, issu du contact entre une population colonisatrice (anglaise -> pidgin (langue de contact, faite d’anglais modifié et d’éléments autochtones, en usage en Extrême-Orient; espagnole; française -> créole; portugaise) et les esclaves amenés dans la colonie (créoles des Antilles ou des îles françaises de l’océan indien). Les études sur les créoles connaissent un regain d’intérêt: enjeu politique (indépendantisme), intérêt linguistique (retrouver la langue populaire des colonisateurs des XVIIIè s. et XIXè s.; aussi hypothèses générales sur le processus ayant amené la formation de diverses langues modernes, issues elles aussi du contact entre une population dominante et une population dominée: c’est une sorte de créolisation du latin qui aurait produit les premières formes du français...).Voir Ducrot, Schaeffer 1995: 118-119.

12. Faux

L’interlangue est un système passager de la L2 (langue cible) qui se forme chez un apprenant au cours de l’apprentissage/acquisition de la L2, et qui se crée à travers des processus psychologiques inconscients (transferts d’éléments de la L1: ou interférences, «j'appelle à Paul») ou semi-conscients (recherche d’une logique interne à la langue: application à d’autres contextes de certaines structures très employées, ou surgénéralisation , par exemple: «vous faisez, vous disez», ou content-malcontent sur heureux-malheureux). Chaque apprenant élabore une interlangue particulière, bien que la plupart des caractéristiques sont généralisables. C’est donc une compétence transitoire, un dialecte idiosyncrasique (idiolecte) destiné à disparaître à mesure que l’apprentissage s’approfondit, mais qui certains individus se fige: una bagueta, una pubela, la solitud... chez des émigrés espagnols en France: ce serait déjà un type spécifique de créole.
 
 

13. Faux

Le bilingue est un individu qui possède deux langues, apprises l’une comme l’autre en tant que langues maternelles (à la différence du polyglotte, qui en a fait un apprentissage postérieur). La diglossie est une situation de bilinguisme généralisé de toute une communauté linguistique où, plus précisément, l’usage de chacune des langues coexistantes se limite à une situation particulière de la vie: par exemple, usage officiel du français dans les grandes villes de l’Afrique, face à l’usage familier et courant des ces mêmes habitants-là de leur langue maternelle; l’alsacien et le français en Alsace... La diglossie produit donc un bilinguisme déséquilibré (pour des raisons sociales et politiques). On ne peut pas utiliser le terme de diglossie pour caractérise l’usage de registres différents d’une même langue (français standrad, français familier).

14. Faux.

L’idiolecte c’est «la façon de parler propre à un individu, considérée en ce qu’elle a d’irréductible à l’influence des groupes auxquels il appartient» (Ducrot-Schaeffer 1995: 117). Certains linguistes considèrent que l’étude de l’idiolecte n’est pas l’objet de la linguistique: « si l’on considère le langage comme un instrument de communication, comme un code, il est absurde de parler de langage individuel. En termes phonologiques, on dira que les particularités dans chaque idiolecte [la prononciation de chaque individu] sont des variantes libres (dépourvues, par définition, de toute pertinence): elles ont au plus la fonction, très marginalepour ces linguistes, de permettre à un individu de marquer une originalité par rapport aux autres». La notion d’idiolecte n’est ainsi utile que dans la stylistique ou les études littéraires; mais aussi, en philosophie du langage ou en psycholinguistique, si on voit dans la création idiolectale une tentative d’imitation de la pensée. «Par ailleurs, la notion de variation inhérente, mise au point par certains sociolinguistes, permet de donner une forme plus précise à l’idée d’idiolecte» (ibid.).
 
 

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ANNEXE
 

DÉFINITIONS DE LANGUE ET LANGAGE

«Quelques définitions du XVIIIe siècle
Prenons un instant l'image du concept de langage au XVIIIe siècle. Le Dictionnaire de l'Académie française  (1694) dit seulement: «Langage: idiome, langue que parle une nation»; «Langue: idiome, termes et façon de parler dont se sert une nation». Furetière (édition de 1704), qui manifeste aussi la quasi-synonymie des deux termes dans l'usage, ajoute cependant quelque chose à la définition, qui lui vient probablement d'Aristote: «Langage: suite de paroles dont chaque peuple est convenu; langue en usage chez une nation pour expliquer les uns aux autres ce que l'on pense (les étrangers n'entendent point notre langage).» Selon Frain du Tremblay (1713), le langage est «une suite ou amas de certains sons articulés propres à s'unir ensemble, dont se sert un peuple pour signifier les choses et pour se communiquer ses pensées: mais qui sont indifférents par eux-mêmes à signifier une chose plutôt qu'une autre». L'Encyclopédie  (1755) propose à son tour: «Une langue est la totalité des usages propres à une nation pour exprimer les pensées par la voix.»
Le lecteur non prévenu pourrait avoir l'impression que ces définitions n'ont rien d'archaïque, sinon le style: elles correspondent grosso modo à son intuition, et à ce qu'on lui a dit dans la classe du baccalauréat; et le Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle  (Larousse) dit encore: «Une langue est l'idiome d'une nation.» Les détails intéressants sont moins la référence aristotélicienne universelle au langage comme instrument de la pensée («Parler, c'est expliquer sa pensée par des signes que les hommes ont inventés à dessein», disait la Grammaire générale et raisonnée de Port-Royal ) que certains traits apparemment accessoires. Du Tremblay et l'Encyclopédie , par exemple, mettent l'accent sur le caractère phonique du langage. Furetière, comme Du Tremblay, oppose pertinemment à ce caractère articulé «les cris et les sons inarticulés  qui servent à faire connaître plusieurs choses». Furetière voit bien aussi qu'il faut à la fois rapprocher et distinguer des «signes muets» le langage phonique. Tout en mentionnant que «les animaux ont aussi leur langage», il émet des doutes sur ce point. Du Tremblay, comme Furetière et Port-Royal – en insistant sur l'idée de convention –, évoque nettement la tradition aristotélicienne de l'arbitraire du signe, présente aussi bien chez Descartes; mais il est un des rares à mentionner que la structuration de ces sons («propres à s'unir ensemble») fait partie d'une spécificité du langage. Tel est le tableau des traits assez variables que les auteurs différents retiennent pour caractériser le concept de langage, selon leur culture, leur réflexion, leur orientation philosophique, à travers quoi la réalité n'est jamais totalement occultée. L'idéologie d'époque, qui n'attire plus guère l'attention du lecteur non historien dans toutes ces formulations, met au centre des définitions la notion d'usage d'une nation. Quand il définit la langue comme la «totalité des usages», l'auteur de l'Encyclopédie  exprime la conception normative des réflexions du temps sur le langage: très explicitement, tout l'article établit que, «si, comme autrefois les Romains et aujourd'hui les Français, la nation est une par rapport au gouvernement, il ne peut y avoir dans la manière de parler qu'un usage légitime»; à la différence de la Grèce ancienne, de l'Allemagne et de l'Italie d'alors, qui, divisées en gouvernements de prestige égal, ont droit à des usages dialectaux égaux en légitimité. Ce que l'Encyclopédie  reproche à Du Tremblay, c'est cette expression d'«amas de paroles» qui met tous les usages sur le même plan. D'Alembert, dans le «Discours préliminaire», emploie la même idée d'une «collection assez bizarre de signes de toutes espèces» pour caractériser l'origine des langues, c'est-à-dire le stade où il n'existait pas encore d'usages  établis.
Définitions du XXe siècle
Il est probable que les définitions que l'on peut aujourd'hui donner du langage ne sont pas plus indemnes d'une influence de nos idéologies d'époque que ne l'étaient celles du XVIIIe siècle. Il est probable aussi qu'en dépit de ce fait la réflexion des hommes sur le langage s'est approchée d'une connaissance plus précise de la spécificité de celui-ci. (Cela est dit pour les penseurs qui, se spécialisant dans l'étude des distorsions que l'idéologie inflige à l'élaboration du savoir, oublient toujours d'examiner si leur propre analyse n'est pas elle aussi justiciable d'une distorsion idéologique, peut-être uniquement pour oublier que la pratique des hommes à chaque instant peut leur permettre de s'apercevoir de ces distorsions: c'est l'essence même de la pratique scientifique.)
Les définitions du langage au début du XXe siècle sont très différentes des précédentes, et presque toutes semblables entre elles. Pour Saussure (1916), une langue, c'est «un système de signes distincts, correspondant à des idées distinctes». Sapir (1921) parle d'abord du langage comme d'un «moyen  de communication», mais il ajoute aussitôt: «par l'intermédiaire d'un système  de symboles». Pour le Vocabulaire technique et critique de la philosophie  de Lalande (1926), c'est, «au sens le plus large, tout système de signes pouvant servir de moyen de communication». Pour Jespersen (Encyclopædia britannica , 1932) c'est «n'importe quel moyen de communication entre les êtres vivants». Pour Marouzeau, dont le Lexique de la terminologie linguistique  (3e éd., 1951) enregistre l'usage désormais courant, c'est «tout système de signes aptes à servir de moyen de communication entre les individus». Le mot clé ici n'est plus le terme d'usage, c'est le mot «système».
À la définition saussurienne, les logiciens n'ont ajouté depuis quarante ans qu'une retouche, celle de Carnap qui définit une langue comme «un système de signes avec les règles de leur emploi», définition reprise par le Larousse du XXe siècle  dès 1931, et par l'Oxford English Dictionary . Quand C. Morris (1946) pose que les langages doivent «constituer un système de signes interconnectés, combinables de certaines manières et non d'autres manières», et quand G. A. Miller (1956) en parle comme d'un «ensemble de symboles, et des règles pour leur utilisation», on peut penser qu'ils ne disent pas autre chose que Carnap; on peut penser aussi que l'addition des logiciens («...et des règles de leur emploi») n'ajoutait à Saussure qu'une explicitation, bienvenue, de toutes les propriétés opératoires du mot «système». En fait, par rapport à la définition saussurienne, l'addition la plus importante – depuis les analyses de W. D. Whitney (1879), reprises peu à peu par tous les linguistes et pleinement justifiées par la théorie de la transmission de l'information de C. E. Shannon et W. Weaver – était l'introduction du mot «communication» qui, se substituant à «l'expression de la pensée», produisait une révolution méthodologique inaperçue. L'analyse de la façon dont le langage exprime la pensée conduisait presque fatalement à l'introspection, à la stylistique et à la logique. Au contraire, parler de communication conduit à l'observation scientifique du comportement communicateur et, plus encore, à l'observation du fonctionnement du système de communication, presque au sens technologique du mot «fonctionnement», comme c'est le cas dans la phonologie de Troubetzkoy et le fonctionnalisme de Martinet.»

Encyclopaedia Universalis
 
 
 

Définitions de patois, dialecte, argot

Patois

Le Littré (1872-1876)

PATOIS (pa-toî ; un pa-toi-z agréable), s. m.

1° Parler provincial qui, étant jadis un dialecte, a cessé d'être littérairement cultivé et qui n'est plus en usage que pour la conversation parmi les gens de la province, et particulièrement parmi les paysans et les ouvriers. Le patois normand, gascon. Peut-être l'introduction du patois sur la scène française n'est-elle qu'un reste de ce misérable goût que nos pères ont eu pendant un temps pour le burlesque, D'OLIVET, Rem. Racine, I, § 49. Ah ! c'est donc ça qu'elle parle un peu patois, GENLIS, Théât. d'éduc. la March. de modes, sc. 2.

    Par analogie et plaisanterie. L'âne, qui goûtait fort l'autre façon d'aller, Se plaint en son patois, LA FONT. Fabl. III, 1. On entendit, à son exemple, Rugir en leur patois messieurs les courtisans, ID. ib. VIII, 14.

2° Il se dit quelquefois de certaines façons de parler qui échappent aux gens de province. Cela est du patois.

3° Par dénigrement, langue pauvre et grossière. Un reste de l'ancien patois [la langue gauloise] s'est encore conservé chez quelques rustres dans cette province de Galles, dans la Basse-Bretagne, dans quelques villages de France, VOLT. Dict. Phil. français. Ce texte [un texte grec] a des délicatesses bien difficiles à rendre, et notre maudit patois [le français] me fait donner au diable, P. L. COUR. Lett. I. 219.

    Patois se dit aussi pour mauvais style. Quel patois !

4° Adj. Patois, patoise, qui a le caractère du patois. Transposition de mots ridicule et patoise, GARASSE, Recherche des recherches, p. 552, dans LACURNE.

HISTORIQUE :

    XIIIe s. Lais d'amors et sonnés corrois Chantoit chascun en son patois, Li uns en haut, li autre en bas, la Rose, 710.

    XVe s. Plusieurs femmes y alloient [écouter un prédicateur] curieusement de nuict et de jour, qui se garnissoient en leurs patois [en leurs localités] de pierres, cendres, cousteaulx et autres ferremens et bastons, pour frapper ceux qui lui voudroient nuire ou empescher sa dicte predication, Chroniq. scand. de Louis XI, p. 396, dans LACURNE. Si apperceus venir de la forest une merveilleuse cyngesse grande et layde sans comparaison, et la suyvoient tant de cinges que sans nombre ; et pour ce à celle fois, si je fuz esbahy, ce n'est pas merveille ; car ilz faisoient contenance en leur patois de moy mettre à mort, Perceforest, t. IV, f° 9.

ÉTYMOLOGIE :

    Ménage, Lamonnoye, regardent patois comme dit pour patrois ; patrois représente le bas-latin patriensis, qui s'est dit pour homme du pays, indigène. La difficulté est dans l'absence de l'r. Diez dit que, dans Brunetto Latini, Trésor, p. 3, au lieu de, selon le langage des François, les variantes portent selon le patrois ou pratrois ; mais la nouvelle édition ne donne que patois. On remarquera, dans la Chronique scandaleuse, patois avec le sens de localité, pays ; ce qui concorde avec l'explication de patois par patrois. Le provençal a pati, pays. Dans le Midi on dit un patois, une patoise, pour un compatriote, une compatriote. Tout cela emporte la balance ; et il faut admettre que l'r a disparu.
 
 

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Petit Robert (1996):

patois [patwa] n. m.
 

• v. 1285; probablt du rad. patt- (cf.  patte), exprimant la grossièreté
 

1¨Parler local, dialecte employé par une population généralement peu nombreuse, souvent rurale, et dont la culture, le niveau de civilisation sont jugés comme inférieurs à ceux du milieu environnant (qui emploie la langue commune). Þ2. parler; dialecte, idiome. Le patois d'une région, d'un village. Parler patois, en patois (PATOISERv. intr. (Conjug. : 1), 1834 ). Paysans qui parlent patois. Þpatoisant. Le curé « l'entretenait en patois, parce que Jean, étant sans instruction aucune, ne savait même pas parler le français » (E. Le Roy). Adj.Mot patois. Versions, variantes patoises d'un mot.
 

2¨Par ext.Langue spéciale (considérée comme incorrecte ou incompréhensible). Þargot, 1. jargon. « Il lui défila de nouveau son jargon romantique; [¼] il lui parla
 
 

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Dialecte

Le Littré (1872-1976):

DIALECTE (di-a-lè-kt'), s. m.

    Parler d'une contrée, d'un pays étendu, ne différant des parlers voisins que par des changements peu considérables qui n'empêchent pas que de dialecte à dialecte on ne se comprenne, et comportant une complète culture littéraire. La Grèce avait quatre dialectes principaux : l'ionien, l'attique, le dorien et l'éolien. Hérodote a écrit son histoire en ionien ; Thucydide, en attique. L'ancien français avait plusieurs dialectes : le normand, le picard, le bourguignon. On a remarqué qu'il [Aristonique] possédait si parfaitement tous les dialectes de la langue grecque, qui formaient comme autant de langages différents, qu'il prononçait ses arrêts selon la langue particulière de ceux qui plaidaient devant lui, ROLLIN, Hist. anc. Oeuvres, t. IX, p. 354, dans POUGENS. Le dialecte vénitien est doux et léger comme un souffle agréable, STAËL, Corinne, XV, 8. L'italien est la seule langue de l'Europe dont les dialectes différents aient un génie à part, ID. ib. XVI, 1.

    Abusivement. Langue. C'est un verbe visible, c'est une langue de feu, qui parle tous les dialectes de la terre, CHATEAUB. Génie, I, 3.

REMARQUE :

    Dialecte a été d'abord féminin suivant le genre que ce mot a dans le grec d'où il est tiré ; et on ne voit pas pourquoi on ne l'a pas laissé féminin : Les dialectes du langage celtique étaient affreuses, VOLT. Moeurs, Avant-propos (éd. de 1757). Vous vous indignez du ton de D.... mais ne connaissez-vous pas son caractère et sa dialecte ? DIDER.Lettr. à L....

SYNONYME :

    DIALECTE, PATOIS. Tant que, dans un pays, il ne se forme pas de centre et, autour de ce centre, une langue commune qui soit la seule écrite et littéraire, les parlers différents, suivant les différentes contrées de ce pays, se nomment dialectes ; on voit par là qu'il est tout à fait erroné de dire les dialectes dérivés de la langue générale ; le fait est que la langue générale, qui n'est qu'un des dialectes arrivé par une circonstance quelconque et avec toute sorte de mélanges à la préséance, est à ce titre postérieure aux dialectes. Aussi quand cette langue générale se forme, les dialectes déchoient et ils deviennent des patois, c'est-à-dire des parlers locaux dans lesquels les choses littéraires importantes ne sont plus traitées. Avant le XIVe siècle il n'y avait point en France de parler prédominant ; il y avait des dialectes ; et aucun de ces dialectes ne se subordonnait à l'autre. Après le XIVe siècle, il se forma une langue littéraire et écrite, et les dialectes devinrent des patois.

ÉTYMOLOGIE :

    Terme dérivé du verbe grec signifiant parler, verbe composé de deux mots grecs traduits par par et dire (voy. LIRE).

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Petit Robert (1996):

dialecte [djalDkt] n. m.
 

• 1550; lat.dialectus,gr.dialektos


¨ Forme régionale d'une langue considérée comme un système linguistique en soi. Þ2. parler, patois. Les dialectes de la Grèce antique (attique, dorien, éolien, ionien). Le wallon, dialecte français de Belgique. Les dialectes normand, picard. Étude des dialectes. Þdialectologie. SpécialtSystème linguistique qui n'a pas le statut de langue officielle ou nationale, à l'intérieur d'un groupe de parlers.

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Argot

Le Littré (1872-1876):

1. ARGOT (ar-go), s. m.

1° Langage particulier aux vagabonds, aux mendiants, aux voleurs, et intelligible pour eux seuls.

2° Par extension, phraséologie particulière, plus ou moins technique, plus ou moins riche, plus ou moins pittoresque, dont se servent entre eux les gens exerçant le même art et la même profession. L'argot des coulisses.

3° Par analogie. Il n'y a pas un paysan qui ne dise que Bonaparte vit et qu'il reviendra ; c'est entre eux une espèce d'argot, de mot convenu pour narguer le gouvernement, P. L. COUR. II, 268.

ÉTYMOLOGIE :

    Origine fort obscure. La langue des voleurs a été appelée gergo en italien, et jargon en France. Argot, qui ne figure dans le Dictionnaire de l'Académie qu'à partir de 1740, paraît être né vers le commencement du XVIIe siècle. S'il avoit bien seu nostre argot, Vers du XVIIe siècle, cité par FR. MICHEL, Introduction, P. VI. Le jargon ou langage de l'argot reformé imprimé en 1634. Mais à propos d'argot, dit alors Limousin, Ne m'apprendrez-vous pas, vous qui parlez latin, D'où cette belle langue a pris son origine ? GRANDVAL, Poëme de Cartouche, ch. X, p. 74. .... je veux, en un mot, Employer comme il faut le plus sublime argot, ID. ib. Furetière le dérive d'argos, parce que la plus grande partie de ce langage est composée de mots tirés du grec. Le Duchat l'a tiré de Ragot, capitaine des Gueux, dans les Propos rustiques de Noël du Fail. D'autres ont dit que c'était une corruption de l'italien gergo. Dans ces difficultés, on pourrait proposer l'ancien français argu, querelle, arguer, quereller, argoter, argoteuz ; wallon, ârgoté, rusé, malin : mots qui se rattachent sans doute au latin argutari, disputer, lequel vient d'arguere (voy. ARGUER). Arguche, qui s'est dit aussi pour argot, ressemble beaucoup à arguce, ancienne forme d'argutie (voy. ce mot).

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Petit Robert (1996):

argot [aYgo] n. m.

 
• 1628 « corporation des gueux »; o. i.

1¨Langage cryptique des malfaiteurs, du milieu; « langue verte ». Blase signifie « nom » et « nez » en argot. Dictionnaire d'argot. Les détenus « m'apprennent à parler argot, à rouscailler bigorne, comme ils disent » (Hugo). Cour.Langue familière contenant des mots argotiques passés dans la langue commune. Mots d'argot.

2¨Ling.Langage particulier à une profession, à un groupe de personnes, à un milieu fermé. Þ2. javanais, verlan. Argot parisien. Argot militaire, scolaire, sportif. « En argot de prison, le mouton est un mouchard » (Balzac). Argot de métier. Þ1. jargon. L'ar
 
 

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